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L’inertielle ornière

14 février 2010
La bêtise, et tout ce qu’on enveloppe sous ce terme pour désigner la faiblesse erratique de notre esprit, m’apparaît parfois comme une grande ornière de boue aux parois glissantes, toujours ouverte pour nous accueillir en son fond. Alors, sous cette représentation, en lisant des penseurs et des écrivains qu’on dit "grands", il me semble qu’on les dit tels parce qu’ils marchent au-dessus de nous sur cette pente, peut-être même à la crête de cette ornière, peut-être même au-delà (qu’en saurions-nous?), et sans y retomber, ou alors rarement, par l’effort de leur esprit en cela supérieur. En les lisant, moi je les aperçois d’en-bas, en contre-plongée.
Ils sont aigus, parce que leurs mots n’appartiennent pas à cette grande fosse des clichés et des idées reçues (qu’on devrait appeler en fait "idées recevantes", comme en français le mot "hôte" s’entend de deux façons, car c’est nous qu’elles reçoivent à pleins bras, dans notre faiblesse à nous retenir d’elles). Ces penseurs, ces écrivains, ces poètes, ces chercheurs, leurs crampons, leurs pitons d’escalade, pour poursuivre la métaphore, c’est l’emploi plus précis de leurs mots, plus singulier, partant plus adéquat. On dit qu’ils nous échappent, que leur pensée nous échappe. Mais n’est-ce pas plutôt nous qui, retombant aux ornières après les avoir quelque peu suivis (ou tenté), les échappons ?
Tout cela est une question de force. Peut-être, parmi celles qui m’attirent en bas, il y a que j’enrage et me désole d’en manquer, au lieu de les essayer.
Il est vrai parfois que je suis réjoui lorsqu’une lecture m’a fait humer un peu de cet air pour moi renouvelé qu’ils ont respiré.

Il est vrai aussi que ma lecture récente de l’Enfer de Dante entre pour beaucoup dans l’image de "fosse" venue structurer allégoriquement mon imagination sur ce qui devrait se traiter en termes de concepts plutôt que de percepts.

6 commentaires
  1. ashdee permalink

    Si tu es dans l’ornière, alors je me trouve au fond du Grand Canyon!

  2. Benjamin permalink

    Ashdee, c’est vrai que c’est idiot de se comparer. Il faut que j’arrête.

  3. Michel permalink

    Mais ce billet est remarquablement écrit.

  4. Benjamin permalink

    Merci Michel, voilà qui me rassure un peu.

  5. ashdee permalink

    Benjamin, je tiens à te rassurer complètement: Les autres de tes billets sont remarquablement écrits.Mais tu fais bien de les écrire en noir, parce qu’à les relire une bonne dizaine de fois (mon neurone peine à les comprendre d’une seule voire cinq) j’ai toujours peur d’user le contraste et qu’ils soient gris pâle pour les autres de tes lecteurs.Sauf celui de la chanson d’Emmanuelle Seigner que j’ai assimilé d’un seul jet, mais faut dire que la photo de l’affiche m’a considérablement aidé.

  6. ashdee permalink

    Michel, ne mets pas ce genre de com’ sur mes bilets; tu perdrais en crédibilité.

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