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Pourquoi j’aime la littérature

10 octobre 2009
L’ambition de ce titre est trop grande, pour le temps que j’ai à consacrer à ce billet, et mes forces. Et ce "pourquoi" mérite plusieurs réponses, situées à des niveaux différents d’explication (raisons politiques, personnelles, etc.) Et puis, j’ai tout à fait conscience de ne pas pouvoir y répondre profondément, car toute passion ne saurait peut-être pas s’expliquer.
Mais c’est bien le mot "passion" qui convient, et non pas "plaisir" ; je n’ai pas de plaisir à lire, pas au sens en tout cas où j’en aurais par exemple à nager dans l’eau d’une belle crique. Du moins, ce plaisir n’est pas celui que procurent les cinq sens. Il est d’un autre ordre. Il est dans une quête, dans le fait de voir chez d’autres le témoignage de leur quête, notre possible parenté d’existence d’hommes devant ce que jadis on nommait leur condition, leur drame, leur recherche de sens. Tous les Sarkozy du monde, qui étouffent leurs questions existentielles sous le bruit des cymbales tonitruantes de l’action jusqu’à l’étourdissement, ne me concernent que lorsque je travaille peut-être ; mais pas lorsque je lis, enfin loin d’eux, enfin parent avec des hommes de pensée, de désirs et d’angoisses reconnues comme constitutivement nôtres. J’aime la littérature en ce qu’elle parle à hauteur d’homme ; et ne peux pas croire les hommes petits qui sur les photos officielles se tendent de tous leurs nerfs sur la pointe de leurs pieds, ignorant qu’on leur demande d’abord, pour être des personnes équilibrées, de s’accepter dans leurs proportions pour y proportionner justement (avec justesse) leur action comme "leviers" même s’il souhaitent.
Et dans la littérature, je trouve je crois le seul espace d’une parole vraie ou cherchant vérité sincèrement (en cela déjà "vraie"), d’une parole qui ne soit pas folle d’erreurs, d’emportes-pièces, de consentement à l’inconfort en raison de la menace d’être exclu du groupe grégaire des bien-pensants. D’une parole surprenante m’ouvrant à d’autres pensées, à d’autres façons d’être ou d’avoir été homme en ce monde quelques décennies. En sincérité du moins, parfois en vérité.

"Homo sum ; humani nil a me alienum puto." ("Je suis homme, et rien de ce
qui est humain, je crois, ne m’est étranger."), Térence, L’Héautontimorouménos ou Le Bourreau de soi-même, v. 77.

4 commentaires
  1. ashdee permalink

    Benjamin, t’es sûr de la traduction d’ "alienum puto"?

  2. Benjamin permalink

    Ashdee, tu m’as fait mourir de rire. Tu es trop fort !! J’adore tes connaissances en latin !!! :-DDDDDD

  3. Marie Laure permalink

    Magnifiques méandres inspirés et innovant, la source est bonne, Ménandre vous en déplaise, Wikipédia est d’un secours admirable pour apprécier les échos de ces lignes…Ben ce style est… presque parfait…à méditer !! Bon dimanche.

  4. Benjamin permalink

    Ashdee, ce qui est très drôle dans ton com c’est le découpage syntaxique que tu as fait. C’est un peu (mutatis mutandis, n’est-ce pas ?) comme si j’avais écrit "Le chien de la voisine aboie", et que tu me demandais si j’étais sûr de la traduction pour "la voisine aboie". MDROui Marie, à la relecture je constate en effet l’aspect méandreux du billet, le fait qu’il digresse et "coule" sans être assez strictement endigué. C’est là encore ce style "à sauts et à gambades", si j’ose dire, qui est aussi un état, et qui fait que, toutes proportions évidemment gardées, j’aime mon ami Montaigne qui en est le plus puissant styliste.

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