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Benjamin SCISSO fait son prof (suite).

4 octobre 2009

Hans Castorp, un jeune homme tout simple est envoyé à Davos pour un court
séjour et pour visiter son neveu. Faux! Il part pour Davos rendre visite à son cousin, mais de plein gré ; personne ne l’y envoie. Un "jeune homme tout simple" : il a en effet vingt-trois ans, et le narrateur ne cesse de nous dire qu’il s’agit d’un homme tout à fait ordinaire ; il est cependant le représentant d’une certaine catégorie socio-historique, puisqu’il est destiné au métier d’ingénieur naval dans une ville de commerce. En ce sens, il est le parfait produit d’une société industrielle capitaliste et marchande et de sa bourgeoisie, représentant également de la pensée "pratique" et non spéculative propre à cette classe sociale (voir les études de Bernard Groethuysen) . Il se découvre assez malade pour
rester et rester encore (7 ans en tout) et il découvre les dessous de la vie
d’hôpital. Les dessous de la vie d’hôpital ? Mais ce n’est pas un hôpital, c’est un sanatorium : rien à voir. Et puis ce ne sont pas les "dessous" auxquels il s’intéresse. Il s’intéresse plutôt à une humanité transplantée hors de sa sphère d’action. Il se plaît petit à petit à la
société des malades et dans les discussions qui touchent à tant de
sujets qu’il est difficile d’en donner un résumé. Le plus important
de ces discussions est mené par un athéiste lettré et un
Jésuite, deux malades, forcés de rester. Oui, mais dans le combat entre Settembrini, l’humaniste athéiste lettré, et Naphta, le Jésuite fanatique de l’ordre divin contre l’ordre politique et social, c’est tout un débat de civilisation et de crise de civilisation qui se déroule. Il s’enlise dans l’ambiance
et dans un amour platonique pour une Russe. Il ne s’enlise pas du tout dans l’amour platonique pour une Russe : cet amour, au contraire, l’éveille à la tentation du désir pur, donc du non-civilisé, du non-humain au sens humaniste du mot, pour le faire parvenir à une autre pensée de l’humain, faite de contradictions dont il serait le maître, entre la pulsion naturelle du désir et la stricte observance des règles sociales. Son neveu retourne au plat pays, mais
devient tellement malade qu’il revient à Davos en toute lucidité pour
y mourir. Le dernier chapitre, dans lequel est introduit un Hollandais me semble un
ajout postérieur; ou bien c’est voulu pour exprimer le développement
du personnage après des années.Non, ce troisième personnage déplace et dépasse la contradiction antinomique entre Settembrini et Naphta. Il représente l’homme pour qui le seul devoir est d’aimer la vie, de la jouir par ses sens, de la ressentir. Il fait partie de ces personnages fascinants dans les romans de Thomas Mann qui savent vivre, goûter la vie, l’aimer, y agir, s’y mouvoir. Ce n’est pas un "bavard" comme les deux compères disputateurs, mais un homme qui va demander à tous de regarder et d’écouter le monde pour sa beauté et le bien-être qu’il donne par la sensation à ceux qui savent en jouir.

Roman-à-clés, roman cosmopolite Qu’est-ce que veut dire "cosmopolite" ici ??, philosophique, psychologique, le
livre a tellement de dimensions mais si peu d’action, qu’il faut être hardi
lecteur, comme le dit Thomas Mann dans l’introduction: le livre veut aussi exprimer
la lenteur de vie dans cette Montagne Magique. Un chef-d’œuvre de longue haleine
sur des personnages de courte haleine Je comprend le désir ici de faire un jeu de mots, mais ce désir du jeu de mots sur  la forme fait malheureusement dire quelque chose de faux dans le fond : les personnages sont changeants, s’approfondissent, et c’est justement cette respiration lente et longue que le jeune Hans Castorp découvre dans cette Montagne. : ma note pendant lecture vacille entre
3/5 et 5/5, après lecture, on est conscient d’avoir lu un chef-d’oeuvre,
donc 5.:-)))

Note : 5/5
(gallomaniac)

***

        Lire
Thomas Mann, c’est plonger dans une Europe perdue à jamais, dans un
monde familier bien que très différent du nôtre. On côtoie une bonne
société aux codes qui au début déroutent et nous échappent, mais que l’on finit par comprendre et
adopter tout naturellement, comme s’ils avaient toujours étés les
nôtres. Peut-être une sorte d’atavisme, allez savoir.

   
    Pourtant, la Montagne Magique est exigeante, il faut
savoir la gagner. Le parallèle entre le roman et une vraie montagne
que relève l’auteur de ce site est frappant : il faut s’équiper
avant de la gravir, de temps surtout. Il faut ensuite prendre la peine
de s’acclimater progressivement à l’altitude et à l’atmosphère qui
règne là haut. Passé ce petit investissement personnel, on est ébloui
par ce qu’on y découvre. Mais trêves de circonvolutions, commençons par
le commencement.

   
    Ce livre est l’histoire d’un jeune homme, Hans
Castorp, issu d’une famille patricienne de Hambourg. Avant d’entamer sa
carrière d’ingénieur, il se rend dans un sanatorium perché dans les
montagnes suisses, à Davos. Il y va presque à contrecœur et ne compte
y passer que trois semaines, histoire de tenir compagnie à son cousin
qui, quant à lui, lui est en cure depuis bien longtemps déjà. Nous sommes en 1907, et
Hans Castorp ne descendra de sa montagne qu’avec la guerre qui finit
par le rattraper. Sept années pendant lesquelles le temps réel et celui
du récit s’arrêtent, s’étirent, s’accélèrent et se distendent avec une
relativité surprenante : l’art de Thomas Mann, c’est de maîtriser
l’abstraction du temps, la perception que l’on en a. Oui, tout à fait d’accord !
   
    C’est ainsi que les trois premières semaines, vécues
comme quelque peu ennuyeuses par le héros sont vécues comme une
éternité et occupent une large part du récit en comparaison du temps
qu’elles représentent objectivement. Elles sont d’ailleurs quelques peu
pénibles pour le personnage principal comme pour le lecteur qui
éprouvent les mêmes difficultés à s’acclimater au temps d’en haut, si
différent de celui du plat pays. L’atmosphère irréelle et molle du
sanatorium, ses coutumes étranges, la précision millimétrée de l’emploi
du temps des pensionnaires, tout participe à une sorte d’envoûtement
qui finit par gagner le héros autant que le lecteur. Yes !
   
    Cette montagne hors du temps transforme petit à
petit Hans Castorp, au fil de ses rencontres avec les
pensionnaires : de quelqu’un de moyen comme le narrateur se plaît
à le décrire, il se révèle à lui-même et devient une personne
exceptionnelle, sensible, foncièrement inadaptée  aux contingences
et à la trivialité du plat pays. Il se fait prisonnier consentant d’une
cure qui n’en finit plus de se prolonger. Ses amitiés prennent un tour
initiatique, à l’image de celle qu’il entretient avec Ludovico
Settembrini, l’humaniste italien qui prend en charge son éducation. On
retrouve les thèmes propres à Thomas Mann, en particulier celui de
l’opposition entre l’austérité germanique et la volubilité méridionale
de l’Italie, dualisme qui se retrouve d’une certaine manière dans les
éblouissantes joutes dialectiques que Settembrini livre avec le jésuite
Naphta… Un intellectualisme abstrait qui s’effondre face à la puissance
du sensible, du charisme et de l’intuition inexplicablement incarnés
dans la personne de Mynheer Peeperkorn. On retrouve aussi l’ironie fine
et mordante de l’auteur avec ses personnages (on pense aussitôt à la peinture que fait l’auteur de
l’inénarrable Mme Stöhr et du pitoyable et tragique Wehsal). Pas mieux !
   
    Et puis il naît en haut de cette montagne la plus
touchante et délicate histoire d’amour qui soit… J’ajouterai : puissante, foncière, profonde… Elle efface la torpeur
de l’atmosphère ambiante et participe néanmoins au charme qui émane de
ce roman. D’une manière générale, un récit aussi riche et puissant que
celui là est difficilement résumable, c’est déjà presque une aberration
que de tenter de le faire. Sur la quatrième de couverture de mon livre
de poche, il est savamment marqué : « …un roman miroir où l’on peut
déchiffrer tous les grands thèmes de notre époque. ». C’est sans
doute vrai pour qui sait prendre son temps.

***

Pièce médiane dans l’édifice romanesque de Thomas Mann (1875-1955),
située à mi-chemin des Buddenbrok (1901) et du Docteur Faustus (1947),
La Montagne magique (1924) marque à la fois le nouveau départ
idéologique d’un auteur qui abandonne les idées nationalistes et
antidémocratiques des Confessions d’un apolitique (1918), mais aussi
bien la fidélité à soi-même d’un écrivain marqué par la « sympathie
pour la mort ». L’attrait pour le morbide qui culminait avec La Mort à
Venise
(1912) devient ici plus sobre : la chute, la maladie et la
décadence sont toujours affectées d’un signe positif dans ce roman qui
a pour cadre un sanatorium. Mais, désormais, « l’intérêt pour la mort
et la maladie n’est qu’une forme d’expression de l’intérêt pour la
vie », comme l’affirme l’auteur dans sa conférence « De la République
allemande », publiée un an avant La Montagne magique. Dans ce texte
faussement prémonitoire, il donnait une clé fort utile en affirmant que
« montrer l’expérience de la mort est finalement une expérience de la
vie, qu’elle conduit à l’homme, pourrait faire l’objet d’un roman de
formation »

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