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Erasme, extrait des extraits précédents

22 septembre 2009

Dites-moi, je vous prie : peut-on aimer quelqu’un quand on se hait
soi-même ? S’entendre avec autrui si on n’est pas d’accord avec
soi-même ? Donner du plaisir à quelqu’un si on est pour soi-même
pénible et ennuyeux ? Pour l’affirmer, je crois qu’il faudrait être
plus fou que la Folie elle-même. Eh bien, si l’on me chassait, loin de
pouvoir supporter les autres, chacun se prendra lui-même en dégoût,
méprisera ce qui est à lui, se haïra lui-même. Car la Nature, en bien
des cas plus marâtre que mère, a gravé dans l’esprit des mortels,
surtout des plus sensés, le mécontentement de soi et l’admiration
d’autrui. De là vient que tous les dons, toute l’élégance, tout le
charme de la vie s’altèrent et périssent. Car à quoi bon la beauté, le
plus inestimable présent des dieux immortels, si elle est contaminée
par le vice du dégoût de soi ? Et la jeunesse, si elle se corrompt au
ferment d’une mélancolie sénile ? Enfin, dans chaque tâche de la vie,
tendras-tu aussi bien envers toi-même qu’envers autrui, aux convenances
(car dans toute action, et pas seulement dans l’art, le point capital
est de respecter ce qui est convenable à ce que tu fais), si tu n’es
pas aidé convenablement par Philautie [ = l’amour de soi,
l’amour-propre], qui me sert à juste titre de sœur, puisqu’elle joue
partout si bien mon rôle. Car qu’y a-t-il d’aussi fou que de se plaire
à soi-même, de s’admirer soi-même ? Et pourtant que feras-tu de
charmant, de gracieux, de convenable si tu es mécontent de toi-même ?
Supprime ce sel de la vie, et aussitôt l’orateur et son discours se
refroidissent, le musicien et ses mélodies ne plaisent plus à personne,
le comédien et son jeu sont sifflés, le poète et ses Muses font rire,
le peintre et son art deviendront pitoyables, le médecin avec ses
drogues aura faim. […] Tant il est nécessaire que chacun se fasse
compliment et se recommande d’abord à lui-même par quelque cajolerie
avant de pouvoir être recommandé à d’autres.

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From → Citations, Erasme

12 commentaires
  1. mafifan permalink

    comme c’est bien dit …et c’est tout le contraire qu’ a enseigné une certaine religion!! ce qui rend les gens fort tristes bien souvent !car ne sachant pas reconnaître leur propre valeur et prendre du plaisir .

  2. C’est si difficile…

  3. Malouine du Finistère permalink

    Trop bien dit !Je le cultive tous les jours… et suis assez optimiste ;-))))

  4. Benjamin permalink

    Au moins, c’est une invitation à cesser de s’empêcher d’exister. Assez d’autres choses de la vie s’en occupent pour vous. Est-ce à dire qu’en s’empêchant soi-même, on chercherait à les empêcher qu’elles ne vous empêchent ? Je veux dire qu’en s’empêchant soi-même de vivre, on éviterait les embûches de la vie ? Ou que ,même, pour se rassurer contre leur étrangeté, on préfèrerait avoir soi-même comme cause d’empêchement, au moins on sait à qui on a affaire ? Il y a de fortes chances.Rien n’est plus inquiétant que la liberté.

  5. Malouine du Finistère permalink

    Inquétant mais excitant non Benjamin ?

  6. mafifan permalink

    oh oui Malouine !

  7. Malouine du Finistère permalink

    et vite désespérant…………………

  8. ashdee permalink

    Oui bein moi aujourd’hui j’ai été meilleur que moi-même. Ca c’est une chose sûre, Erasme: pour l’affirmer, il faudrait être plus fou que la folie elle-même (Extrait que j’ai extrait d’"extrait des extraits précédents" et qui ressemble à un slogan publicitaire). Je suis d’accord avec moi pour dire que je suis un peu fou.A bon entendeur salut!A propos, je lance un appel à une personne qui connaîtrait le langage des signes pour traduire cette expression à ceux qui font la sourde-oreille.

  9. ashdee permalink

    … et promis: demain j’essaierai d’être plus pire encore! (ça sera difficile mais il faut se lancer des défis).

  10. Hé bien Ashdee, tu t’adresses à la bonne personne. Je suis tarée ET sourde. Ou inversément, je ne sais plus.

  11. Malouine du Finistère permalink

    Ouf ! je croyais qu’on avait perdu Ashdee….

  12. Marie Laure permalink

    Ce matin j’étais en retard et je me suis fait cette remarque alors que je m’engouffrais dans le garage du bureau: le temps (et j’ajouterais ici la liberté..et le baiser…)…car au fonds c’est du pareil au même: on en a jamais assez, juste assez, trop, beaucoup trop…et quand c’est trop…ou trop peu..on fuit bien souvent !!! Mais la liberté n’est-ce pas l’usage de notre temps…et le baiser l’art d’user de ce temps…!!

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