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Encore un passage de Proust (« A l’ombre des jeunes filles en fleurs »)

8 juillet 2009

« Ce fut vers cette époque que Bloch bouleversa ma conception du monde,
ouvrit pour moi des possibilités nouvelles de bonheur (qui devaient du
reste se changer plus tard en possibilités de souffrance), en
m’assurant que contrairement à ce que je croyais au temps de mes
promenades du côté de Méséglise, les femmes ne demandaient jamais mieux
que de faire l’amour. Il compléta ce service en m’en rendant un second
que je ne devais apprécier que beaucoup plus tard : ce fut lui qui me
conduisit pour la première fois dans une maison de passe. Il m’avait
bien dit qu’il y avait beaucoup de jolies femmes qu’on peut posséder.
Mais je leur attribuais une figure vague, que les maisons de passe
devaient me permettre de remplacer par des visages particuliers. De
sorte que si j’avais à Bloch, — pour sa «bonne nouvelle» que le
bonheur, la possession de la beauté, ne sont pas choses inaccessibles
et que nous avons fait œuvre utile en y renonçant à jamais, — une
obligation de même genre qu’à tel médecin ou tel philosophe optimiste
qui nous fait espérer la longévité dans ce monde, et de ne pas être
entièrement séparé de lui quand on aura passé dans un autre, les
maisons de rendez-vous que je fréquentai quelques années plus tard, —
en me fournissant des échantillons du bonheur, en me permettant
d’
ajouter à la beauté des femmes cet élément que nous ne pouvons
inventer, qui n’est pas que le résumé des beautés an
ciennes, le présent
vraiment divin, le seul que nous ne puissions recevoir de nous-même,
devant lequel expirent toutes les créations logiques de notre
intelligence et que nous ne pouvons demander qu’à la réalité : un charme
individuel
, — méritèrent d’être classées par moi à côté de ces autres
bienfaiteurs d’origine plus récente mais d’utilité analogue (avant
lesquels nous imaginions sans ardeur la séduction de Mantegna, de
Wagner, de Sienne, d’après d’autres peintres, d’autres musiciens,
d’autres villes): les éditions d’histoire de la peinture illustrées,
les concerts symphoniques et les études sur les «Villes d’art». »


Ce passage que je souligne en rouge m’est proprement bouleversant.
Et puis que « les femmes ne demandaient jamais mieux que de faire l’amour » est une nouvelle en effet réjouissante, que j’aurais dû apprendre plus tôt. 😉
23 commentaires
  1. ashdee permalink

    je soyez encore le premier à ajouter un commentaire (qu’est-ce que foutent les autres franchement?). Je tiens à signaler que pour coller au sujet et commenter ta rubrique "les choses sales" qu’il faut quand même être vicelard pour regarder dans les oreilles d’un chat.

  2. Benjamin permalink

    Ils foutent rien, j’te dis ! Balance leur donc une noix sul coin d’la cafetière, Ashdee, ça les fera réfléchir.

  3. anne permalink

    si j’avais été un homme je ne pense pas que j’aurais aimé frayer avec des péripatéticiennes!un peu de plaisir pour quelques deniers!De tout temps ces personnes ont été des victimes, consentantes, certes, mais pour quelles raisons?

  4. Michel permalink

    Tape sur Google "Sophie Queniet". C’est ma meilleure amie… Celle de mes 18-20 ans. Elle a poursuivi son rêve, et est devenue la principale spécialiste de Marcel Proust aux Etats-unis… Que dire ? Nos rêves nous amènent à de curieuses rives, lorsque nous voguons comme des bateaux ivres.

  5. Michel permalink

    A l’époque, je me foutais d’sa gueule en l’appellant "Sophie Queue niet !" Et quand elle me broutait avec Proust, je parlais de Marcel "Prout" ! Puis j’ai fini par lire… De nombreuses années plus tard… J’ai rangé Moorcock et ma morgue, et je me reccueille encor de temps en temps sur la tombe de l’autre, îlot du grand Bé.

  6. Benjamin permalink

    Anne, ce n’est pas le fait que ce soit des prostituées ici que je voulais souligner, mais ce qu’il dit sur l’individualité, l’irréductible individualité, ce qui fait que chaque femme – certes ici collectionnées au bordel – est terriblement, superbement, et d’une manière si profondément émouvante, car lui échappant à elle-même, unique.

  7. Benjamin permalink

    Et qu’elle nous donne cette étonnante "originalité", ce qui, comme Proust le dit si bien, ne vient de rien de nous-même, de nos souvenirs ni même de nos désirs – ce qui est elle et qui nous dépasse merveilleusement.

  8. Benjamin permalink

    Michel, je vois que tu as fait acte de contrition 😉 Mais je crois que tu m’as toi-même dit ce mot réconfortant : "On a tous notre casier judiciaire." :-))

  9. Michel permalink

    on a tous notre casier… J’ai fondamentalement aimé "un amour de Swann"

  10. Michel permalink

    Je réagis : je me souviens sans le moindre doute possible, du sexe de chaque femme que j’eus vraiment aimée.

  11. val permalink

    Crois tu benj que c’est femmes aient envie de faire l’amour????Crois tu Mi que cela les rendent profondement heureuse de cela????

  12. val permalink

    Sincérement vous vous méprenez!!!!!

  13. Michel permalink

    Le souvenir est une chose étrange….

  14. plume permalink

    Val , il y a un livre qui s’appelle "les petites marchandes de plaisir" , oh ! ce n’est pas de la grande littérature certes , c’est une prostituée qui l’a écrit comme un journal avec son regard profondémment humain sur l’originalité de chaque homme . Cette femme aimait ce qu’elle faisait …. elle avait dépassé l’idée première du "commerce" .Une vie dans les années 1920 .

  15. Benjamin permalink

    Val, c’est curieux, mais tu me prêtes des idées et des propos que je n’ai pas tenus ni pensés. Aussi, la méprise n’est pas où tu l’as dit. J’ai l’impression d’être la victime d’une erreur judiciaire sur quiproquo. C’est vraiment étrange, et même un peu anxiogène.Michel, moi aussi je me souviens sans le moindre doute possible du sexe de chaque femme que j’eus vraiment aimée : elles étaient toutes du sexe féminin (désolé, c’est nul mais je n’ai pas pu m’en empêcher). 😉

  16. Benjamin permalink

    Donc, val, je répète : ce que je trouve beau dans ce passage, ce n’est pas l’idée du bordel, ni d’aller au bordel etc. Je te l’ai dit deux fois, faut-il donc que je trisse ? (Cyrano de Bergerac). Ce que je trouve beau, c’est ce qu’il dit de l’individualité de chaque femme, de chaque rencontre. Il la découvre plus forte au bordel, parce qu’il va au bordel, comme tous les hommes du XIXe siècle, mais c’est ce que pourrait dire n’importe quel Dom Juan, ou tout simplement n’importe quel homme qui aurait connu plusieurs femmes (ou n’importe quelle femme qui aurait connu plusieurs hommes). Maintenant, ne va pas m’accuser de faire l’éloge phallocratique du donjuanisme cynique, d’accord ?

  17. Michel permalink

    Oui moi aussi ! PTDR !

  18. val permalink

    Benj c’était juste une question……Mais non je ne te prête aucune idée, bien sûr que certains hommes vivaient leurs relations amoureuses au sein des "bordels" et merci à elles d’exister, je les respecte pour cela, donner sans modération à ses hommes en quête d’amour….aujourd’hui c’est beaucoup plus trach!!!!!!Chaque rencontre amoureuse ressemblait à une belle Aventure Humaine, je le conçois , au XIX éme . Vu d’aujourd’hui , oui de trés belles "créations corporellement désirables et divines" .Plume, heureusement que certaines passaient au delà du "commerce non équitable", tout à leur honneur, et je le répète oui, merci à elles .

  19. Michel permalink

    Roxaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaane, you don’t have to put on the reeeed light 😀

  20. Benjamin permalink

    Ouf ! Fin de l’erreur judiciaire. J’angoissais un max.

  21. val permalink

    boudou boudou , faut pas angoisser benj!!!!!

  22. Je ne faisais que passer te déposer une part de crumble… j’en ai profité pour lire un peu… je reviendrai…

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