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Encore le portrait du père de Chateaubriand, qui avait le regard « comme une balle ». Brrr, tremblez, Anne la Malouine

5 juillet 2009

« M. de Chateaubriand était grand et sec ; il avait le nez aquilin,
les lèvres minces et pâles, les yeux enfoncés, petits et pers ou
glauques, comme ceux des lions ou des anciens barbares. Je n’ai jamais
vu un pareil regard : quand la colère y montait, la prunelle
étincelante semblait se détacher et venir vous frapper comme une balle.

Une seule passion dominait mon père, celle de son nom. Son état
habituel était une tristesse profonde que l’âge augmenta et un silence
dont il ne sortait que par des emportements. Avare dans l’espoir de
rendre à sa famille son premier éclat, hautain aux états de Bretagne
avec les gentilshommes, dur avec ses vassaux à Combourg, taciturne,
despotique et menaçant dans son intérieur, ce qu’on sentait en le
voyant était la crainte. S’il eût vécu jusqu’à la Révolution et s’il
eût été plus jeune, il aurait joué un rôle important, ou se serait fait
massacrer dans son château. Il avait certainement du génie : je ne
doute pas qu’à la tête des administrations ou des armées, il n’eût été
un homme extraordinaire.

Ce fut en revenant d’Amérique qu’il songea à se marier. Né le 23
septembre 1718, il épousa à trente-cinq ans, le 3 juillet 1753,
Apolline-Jeanne-Suzanne de Bedée, née le 7 avril 1726, et fille de
messire Ange-Annibal, comte de Bedée, chevalier, seigneur de La
Bouëtardais.

Il s’établit avec elle à Saint-Malo, dont l’un et l’autre étaient
nés à sept ou huit lieues, de sorte qu’ils apercevaient de leur demeure
l’horizon sous lequel ils étaient venus au monde. Mon aïeule
maternelle, Marie-Anne de Ravenel de Boisteilleul, dame de Bedée, née à
Rennes, le 16 octobre 1698, avait été élevée à Saint-Cyr dans les
dernières années de madame de Maintenon : son éducation s’était
répandue sur ses filles.

Ma mère, douée de beaucoup d’esprit et d’une imagination
prodigieuse, avait été formée à la lecture de Fénelon, de Racine, de
madame de Sévigné, et nourrie des anecdotes de la cour de Louis XIV ;
elle savait tout Cyrus par coeur. Apolline de Bedée, avec de grands
traits, était noire, petite et laide ; l’élégance de ses manières,
l’allure vive de son humeur, contrastaient avec la rigidité et le calme
de mon père. Aimant la société autant qu’il aimait la solitude, aussi
pétulante et animée qu’il était immobile et froid, elle n’avait pas un
goût qui ne fût opposé à ceux de son mari. La contrariété qu’elle
éprouva la rendit mélancolique, de légère et gaie qu’elle était,
obligée de se taire quand elle eût voulu parler, elle s’en dédommageait
par une espèce de tristesse bruyante entrecoupée de soupirs, qui
interrompaient seuls la tristesse muette de mon père. Pour la piété, ma
mère était un ange. »

 

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14 commentaires
  1. ashdee permalink

    Bas les masques!

  2. Benjamin permalink

    Euh, Ashdee, j’ai pas compris… Mais bon, moi je suis branché genre tomate, pas comme toi genre cocotier, ce qui peut expliquer ma malcomprenance.

  3. Benjamin permalink

    Dès que j’ai une "phrase navrante", je l’écris (il y a longtemps que j’en ai pas mis…)

  4. Loofy permalink

    hi, hi, hi… Bensi t’en veux, des phrases navrantes, j’en ai à la pelle….par exemple : (il y a longtemps que j’en ai pas mis…)hi, hi, hi

  5. Benjamin permalink

    Loofy, tu es un sapajou. Si, si ! Non mais !

  6. ashdee permalink

    Je voulais juste dire que le vieux, c’était sans doute un masque qu’il se mettait pour semer la terreur. En fait, ce devait être un grand angoissé.

  7. ashdee permalink

    C’est moi qui suis pas été clair.

  8. Loofy permalink

    « Sapajou ! » c’est l’une des insultes du Capitaine Haddock, çaqui sous entend que je suis laid et vilain (OK, j’suis d’accord)mais aussi que tu me traite de singe, de capucin si je ne me trompealors là, je dis NON !on a déjà un gorille dans notre ferme…(suivez mon regard… juste en dessous, comm’ précédent)alors ça suffit !!!hi, hi, hi…

  9. ashdee permalink

    Chuuuuuuuuut, Loofy; personne m’avait vu.

  10. Benjamin permalink

    J’ai hésité avec "gredin". Mais "sapajou", c’était pour le côté moqueur et turbulent, toujours à faire des tours, tours de langage ou bons tours tout court. Ne le prends pas mal, je t’en prie, c’était tendre de ma part.Et tu as raison, nous avons déjà un quadrumane dans la ferme, et pas des moindres. N’allons pas éveiller la colère du Gorille ! 😉

  11. Benjamin permalink

    Chuuuuuuut, en effet…. Chuuuuuuut… Y a Ashdee sur son cocotier qui a un oeil ouvert….

  12. Benjamin permalink

    Cette histoire de papa glacial, ça me fait penser (encore) à Montaigne, qui raconte qu’un de ses amis, à la mort de son fils, était inconsolable de ne lui avoir jamais montré qu’un visage froid et dur. C’est (encore) un beau passage des Essais, que je mettrai en billet quand j’aurai le temps (et que mon angine estivale m’aura laisser le loisir de jouir enfin un peu de mon île bretonne).

  13. Loofy permalink

    no problemo Ben, je t’aime aussiet le gorille poilu aussi, je l’aime…soleil rafraichissant à tous les deux !

  14. anne permalink

    ce fut en pleine tempête d’équinoxe, le 4 septembre 1768, dans la sombre rue des juifs, que naquit René de Chateaubriand. " le mugissement des vagues étouffa ses premiers cris, le bruit de la tempête berça son premier sommeil" son père très sévère explique aussi son caractère sombre! heureusement il avait sa soeur Lucile…

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