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Encore trois citations de « A l’ombre des jeunes filles en fleurs »

4 juillet 2009
« Tout ce qui est d’un même temps se
ressemble ; les artistes qui illustrent les poèmes d’une époque sont les
mêmes que font travailler pour elles les sociétés financières. Et rien ne fait
mieux penser à certaines livraisons de Notre-Dame de Paris et d’œuvres
de Gérard de Nerval, telles qu’elles étaient accrochées à la devanture de
l’épicerie de Combray, que, dans son encadrement rectangulaire et fleuri que
supportaient des divinités fluviales, une action nominative de la Compagnie des
Eaux. » 

 

*


 » […]
qu’on pense encore aux touristes qu’exalte la beauté d’ensemble d’un
voyage dont jour par jour ils n’ont éprouvé que de l’ennui, et qu’on
dise, si dans la vie en commun que mènent les idées au sein de notre
esprit, il est une seule de celles qui nous rendent le plus heureux qui
n’ait été d’abord en véritable parasite demander à une idée étrangère
et voisine le meilleur de la force qui lui manquait. »


*


« Dans la mesure où une image qui accompagne une de nos résolutions la
motive, on peut dire que si Swann épousa Odette, ce fut pour la
présenter elle et Gilberte, sans qu’il y eût personne là, au besoin
sans que personne le sût jamais, à la duchesse de Guermantes. On verra
comment cette seule ambition mondaine qu’il avait souhaitée pour sa
femme et sa fille, fut justement celle dont la réalisation se trouva
lui être interdite et par un veto si absolu que Swann mourut sans
supposer que la duchesse pourrait jamais les connaître. On verra aussi
qu’au contraire la duchesse de Guermantes se lia avec Odette et
Gilberte après la mort de Swann. Et peut-être eût-il été sage – pour
autant qu’il pouvait attacher de l’importance à si peu de chose – en
ne se faisant pas une idée trop sombre de l’avenir, à cet égard, et en
réservant que la réunion souhaitée pourrait bien avoir lieu quand il ne
serait plus là pour en jouir. Le travail de causalité qui finit par
produire à peu près tous les effets possibles, et par conséquent aussi
ceux qu’on avait cru l’être le moins, ce travail est parfois lent,
rendu un peu plus lent encore par notre désir – qui, en cherchant à
l’accélérer, l’entrave -, par notre existence même et n’aboutit que
quand nous avons cessé de désirer, et quelquefois de vivre. Swann ne le
savait-il pas par sa propre expérience, et n’était-ce pas déjà, dans sa
vie – comme une préfiguration de ce qui devait arriver après sa mort – un bonheur après décès que ce mariage avec cette Odette qu’il avait
passionnément aimée – si elle ne lui avait pas plu au premier abord – et qu’il avait épousée quand il ne l’aimait plus, quand l’être qui, en
Swann, avait tant souhaité et tant désespéré de vivre toute sa vie avec
Odette, quand cet être là était mort? »

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