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Meurtre d’un bookmaker chinois, de John Cassavetes

25 avril 2009

Je n’avais jamais vu ce film
de Cassavetes, mais seulement "Gloria" et un épisode de Columbo (avec
également Gena Rowlands) qu’il avait réalisé, je crois, par amitié pour Peter Falk. Je viens d’en faire la découverte
époustouflante.
Tout d’abord, dès le début, Ben Gezzara est criant de vérité. La caméra
à l’épaule et le cadrage serré qui laisse hors-champ les autres
personnages nous font nous rapprocher de cet homme, de ses regards, et surtout de
tous ses mouvements "parasites" (tics, mouvements provoqués inconsciemment par le désir de se donner une contenance, ou parce que l’attention est attirée par une voiture qui passe, ou par tel bruit), bref tous ces mouvements involontaires d’un hommqu’un acteur pour jouer doit gommer, et qui là, parce qu’ils semblent involontaires, restituent incroyablement le
réel.
J’aime particulièrement la scène où le même acteur, qui joue donc le
personnage de Cosmo, propriétaire d’une boîte à filles un peu minable, essaie de raconter une blague dans la loge des
filles. Là encore, l’effet de réel est saisissant, par cette fameuse
déconstruction des habitudes de tourner un film ; et notamment, les
personnages se coupent, ne s’écoutent pas toujours. D’autres conversations naissent par bribes, comme dans la vraie vie (avez-vous jamais, enfant, enregistré un repas de famille, où les considérations importantes sont entrecoupées de "passe-moi le sel" ?). Et on a vraiment
l’impression qu’ils improvisent leur texte, comme nous le faisons,
nous, dans la vie réelle. Et Cosmo est assis à moitié caché contre le
mur, mal éclairé, etc. Il aime "ses" filles, il essaie d’en placer une, il hausse un peu le ton ("Rachel ! Rachel !") par trois fois, pour se faire écouter, sans pour autant faire le caïd dominateur… Bref, c’est "mal peint", comme on dirait d’un
Picasso, et comme la vie.
Il n’y a pas une scène, pas un plan, qui ne soient intelligents, à
chaque fois évitant le cliché, évitant la "scène à faire", et tout ce que
nombre de films nous servent à longueur de temps, et cela aussi bien au niveau
du cadrage (insensé!), que du chromatisme de la photo (notamment dans
le cabaret), des impressioons de la lumière naturelle (le soleil) ou artificielle sur la pellicule (incroyables surexpositions ou contre-jours), des relations entre les personnages, des dialogues, de la
musique et du lien musique/image, des positions, des postures des
acteurs, et de la fin géniale et si simple !
Quant à la scène du meurtre lui-même, c’est un chef-d’oeuvre incroyable. J’avais ressenti la même impression, je me souviens, devant la scène de la mort de Van Gogh dans le film éponyme de Maurice Pialat (ah ! comme j’ai adoré ce film, là aussi !)

Une expérience de cinéma rare.

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