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La Fontaine, moralités des Fables (suite)

4 avril 2009

LIVRE X

  1. A ces mots, l’animal pervers (c’est le Serpent que je veux dire, Et non l’Homme, on pourrait aisément s’y tromper) […]. (L’Homme et la Couleuvre)
  2. « Symbole des ingrats, être bon aux méchants c’est être sot […] » (L’Homme et la Couleuvre)
  3. S’il fallait condamner tous les ingrats qui sont au monde, à qui pourrait-on pardonner ? (L’Homme et la Couleuvre)
  4. On en use ainsi chez les grands. La raison les offense : ils se mettent en tête que tout est né pour eux, quadrupèdes, et gens, et serpents. Si quelqu’un desserre les dents, c’est un sot. J’en conviens. Mais que faut-il donc faire ? Parler de loin ; ou bien se taire. (L’Homme et la Couleuvre)
  5. Une tortue était, à la tête légère, qui, lasse de son trou, voulut voir le pays. Volontiers on fait cas d’une terre étrangère : volontiers gens boiteux haïssent le logis. (La Tortue et les Deux Canards)
  6. Imprudence, babil, et sotte vanité, et vaine curiosité ont ensemble un étroit parentage ; ce sont enfants tous d’un lignage. (La Tortue et les Deux Canards)
  7. le besoin, docteur en stratagème (Les Poissons et le Cormoran)
  8. Qu’importe qui vous mange ? homme ou loup ; toute panse me paraît une à cet égard ; un jour plus tôt, un jour plus tard, ce n’est pas grande différence. (Les Poissons et le Cormoran)
  9. l‘avarice, compagne et sœur de l’ignorance (L’Enfouisseur et son compère)
  10. quoi jouir, c’est se voler soi-même ! Mon ami, j’ai pitié de ton erreur extrême ; apprends de moi cette leçon : le bien n’est bien qu’en tant que l’on peut s’en défaire. Sans cela c’est un mal. (L’Enfouisseur et son compère)
  11. Il n’est pas malaisé de tromper un trompeur. (L’Enfouisseur et son compère)
  12. Un Loup rempli d’humanité (s’il en est de tels dans le monde) fit un jour sur sa cruauté, quoiqu’il ne l’exerçât que par nécessité, une réflexion profonde. « Je suis haï, dit-il, et de qui ? de chacun. […] » (Le Loup et les Bergers)
  13. Bergers, bergers, le loup n’a tort que quand il n’est pas le plus fort […]. (Le Loup et les Bergers)
  14. Jupin pour chaque état mit deux tables au monde. L’adroit, le vigilant, et le fort sont assis à la première; et les petits mangent leur reste à la seconde. (L’Araignée et l’Hirondelle)
  15. Chien hargneux a toujours l’oreille déchirée. Le moins qu’on peut laisser de prise aux dents d’autrui, c’est le mieux. (Le Chien à qui on a coupé les oreilles)
  16. Deux démons à leur gré partagent notre vie, et de son patrimoine ont chassé la raison. Je ne vois point de coeur qui ne leur sacrifie. Si vous me demandez leur état et leur nom, j’appelle l’un, Amour ; et l’autre, Ambition. Cette dernière étend le plus loin son empire; car même elle entre dans l’amour. (Le Berger et le Roi)
  17. Le conte est du bon temps, non du siècle où nous sommes. (Le Berger et le Roi)
  18. Il avait du bon sens. Le reste vient de suite. (Le Berger et le Roi)
  19. Défiez-vous des Rois : leur faveur est glissante, on s’y trompe […]. (Le Berger et le Roi)
  20. O vous Pasteurs d’humains et non pas de brebis : Rois qui croyez gagner par raisons les esprits d’une multitude étrangère, ce n’est jamais par là que l’on e vient à bout : il y faut une autre manière, servez-vous de vos rets, la puissance fait tout. (Les Poissons et le Berger qui joue de la flûte)
  21. L’absence est aussi bien un remède à la haine qu’un appareil contre l’amour. (Les Deux Perroquets, le Roi, et son Fils)
  22. Aucun chemin de fleurs ne conduit à la gloire. (Les Deux Aventuriers et le Talisman)
  23. Fortune aveugle suit aveugle hardiesse. Le sage quelquefois fait bien d’exécuter, avant que de donner le temps à la sagesse d’envisager le fait, et sans la consulter. (Les Deux Aventuriers et le Talisman)
  24. Malheur à l’écrivain nouveau. Le moins de gens qu’on peut à l’entour du gâteau, c’est le droit du jeu, c’est l’affaire. (Discours à Monsieur le duc de La Rochefoucauld)
  25. Quatre chercheurs de nouveaux mondes, presque nus échappés à la fureur des ondes […] (Le Marchand, le Gentilhomme, le Pâtre, et le Fils de Roi)
  26. Le Pâtre fut d’avis qu’éloignant la pensée de leur aventure passée chacun fît de son mieux, et s’appliquât au soin de pourvoir a commun besoin. « La plainte, ajouta-t-il, guérit-elle son homme ? Travaillons ; c’est de quoi nous mener jusqu’à Rome. » Un Pâtre ainsi parler ! ainsi parler ; croit-on que le Ciel n’ait donné qu’aux têtes couronnées de l’esprit et de la raison, et que de tout berger, comme de tout mouton, les connaissances soient bornées ? (Le Marchand, le Gentilhomme, le Pâtre, et le Fils de Roi)

LIVRE XI

  1. Proposez-vous d’avoir le Lion pour ami, si vous voulez le laisser craître. (Le Lion)
  2. […] de quoi ne vient à bout l’esprit joint au désir de plaire ? (Pour Monseigneur le Duc du Maine)
  3. Que si quelque affaire t’importe, ne la fais point par procureur. (Le Fermier, le Chien et le Renard)
  4. [La retraite] offre à ses amants des biens sans embarras, biens purs, présents du ciel, qui naissent sous les pas. Solitude où je trouve une douceur secrète, lieux que j’aimai toujours ne pourrai-je jamais, loin du monde et du bruit, goûter l’ombre et le frais ? Oh! qui m’arrêtera sous vos sombres asiles ? Quand pourront les neuf sœurs, loin des cours et des villes, m’occuper tout entier, et m’apprendre des cieux les divers mouvements inconnus à nos yeux, les noms et les vertus de ces clartés errantes par qui sont nos destins et nos mœurs différentes ! Que si je ne suis né pour de si grands projets, du moins que les ruisseaux m’offrent de doux objets ! Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie ! La Parque à filets d’or n’ourdira point ma vie, je ne dormirai point sous de riches lambris. Mais voit-on que le somme en perde de son prix ? En est-il moins profond, et moins plein de délices ? Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices. Quand le moment viendra d’aller trouver les morts, j’aurai vécu sans soins, et mourrai sans remords. (Le Songe d’un habitant du Mogol)
  5. Toute espèce […] (et je commence par la nôtre) toute profession s’estime dans son cœur, traite les autres d’ignorantes, les qualifie impertinentes […]. L’amour-propre au rebours, fait qu’au degré suprême on porte ses pareils ; car c’est un bon moyen de s’élever aussi soi-même. (Le Lion, le Singe et les Deux Ânes)
  6. […] chacun croit fort aisément ce qu’il craint et ce qu’il désire. (Le Loup et le Renard)
  7. Il ne faut point juger des gens sur l’apparence. Le conseil est bon ; mais il n’est pas nouveau. (Le Paysan du Danube)
  8. La main des Parques blêmes de vos jours et des miens se joue également. (Le Vieillard et les Trois Jeunes Hommes)
  9. Il ne faut jamais dire aux gens : « Écoutez un bon mot, oyez une merveille. » Savez-vous si les écoutants en feront une estime à la vôtre pareille ? (Les Souris, et le Chat-huant)
  10. […] qu’un Cartésien s’obstine à traiter ce hibou de montre et de machine ! […] Si ce n’est pas là raisonner, la raison m’est chose inconnue. […] Ceci n’est point une fable ; et la chose, quoique merveilleuse et presque incroyable, est véritablement arrivée. (Les Souris, et le Chat-huant)
  11. C’est ainsi que ma Muse, aux bords d’une onde pure, traduisait en langue des Dieux tout ce que disent sous les Cieux tant d’êtres empruntant la voix de la nature. Truchement de peuples divers, je les faisais servir d’Acteurs en mon ouvrage ; car tout parle dans l’Univers ; il n’est rien qui n’ait son langage. (Épilogue)

LIVRE XII

  1. – Ah ! vraiment nous y voici, reprit l’Ours à sa manière. Comme me voilà fait ? comme doit être un ours. Qui t’a dit qu’une forme est plus belle qu’une autre ? Est-ce à la tienne à juger de la nôtre ? Je me rapporte aux yeux d’une Ourse mes amours. (Les Compagnons d’Ulysse)
  2. Quitte ces bois, et redevien, au lieu de loup, homme de bien. – En est-il ? dit le Loup. Pour moi, je n’en vois guère. Tu t’en viens me traiter de bête carnassière : toi qui parles, qu’es-tu ? N’auriez-vous pas sans moi mangé ces animaux que plaint tout le Village ? Si j’étais Homme, par ta foi, aimerais-je moins le carnage ? Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous : ne vous êtes-vous pas l’un à l’autre des Loups ? (Les Compagnons d’Ulysse)
  3. Entre amis, il ne faut jamais qu’on s’abandonne aux traits d’un courroux sérieux. (Le Chat et les Deux Moineaux)
  4. Quelle Morale puis-je inférer de ce fait ? Sans cela toute Fable est un œuvre imparfait. J’en crois voir quelques traits ; mais leur ombre m’abuse, Prince, vous les aurez incontinent trouvés : ce sont des jeux pour vous, et non point pour ma Muse ; elle et ses Sœurs n’ont pas l’esprit que vous avez. (Le Chat et les Deux Moineaux)
  5. Un Homme accumulait. On sait que cette erreur va souvent jusqu’à la fureur. Celui-ci ne songeait que Ducats et Pistoles. Quand ces biens sont oisifs, je tiens qu’ils sont frivoles. (Du Thésauriseur et du Singe)
  6. Dès que les Chèvres ont brouté, certain esprit de liberté leur fait chercher fortune ; elles vont en voyage vers les endroits du pâturage les moins fréquentés des humains. Là s’il est quelque lieu sans route et sans chemins, un rocher, quelque mont pendant en précipices, c’est où ces Dames vont promener leurs caprices ; rien ne peut arrêter cet animal grimpant. (Les Deux Chèvres)
  7. Faute de reculer, leur chute fut commune ; toutes deux tombèrent dans l’eau. Cet accident n’est pas nouveau dans le chemin de la Fortune. (Les Deux Chèvres)
  8. Chat, et vieux, pardonner ? cela n’arrive guères. […]. La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir ; la vieillesse est impitoyable. (Le Vieux Chat et la Jeune Souris)
  9. Pour sauver son crédit, il faut cacher sa perte. (La Chauve-Souris, le Buisson, et le Canard)
  10. La Discorde a toujours régné dans l’Univers […]. (La Querelle des chiens et des chats, et celle des chats et des souris)
  11. On ne voit, sous les Cieux nul animal, nul être, aucune Créature, qui n’ait son opposé : c’est la loi de Nature. D’en chercher la raison, ce sont soins superflus. Dieu fit bien ce qu’il fit, et je n’en sais pas plus. (La Querelle des chiens et des chats, et celle des chats et des souris)
  12. D’où vient que personne en la vie n’est satisfait de son état ? Tel voudrait bien être Soldat à qui le Soldat porte envie. (Le Loup et le Renard)
  13. Que sert-il qu’on se contrefasse ? Prétendre ainsi changer est une illusion : l’on reprend sa première trace à la première occasion. (Le Loup et le Renard)
  14. Les Sages quelquefois, ainsi que l’Ecrevisse, marchent à reculons, tournent le dos au port. (L’Ecrevisse et sa Fille)
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3 commentaires
  1. Michel permalink

    J’en connais une à qui ce billet devrait fortement plaire…

  2. Benjamin permalink

    Je ne comprends pas ce que tu veux dire, Micha… Et je ne vois pas qui. Voilà ma curiosité piquée. Qui aime si fortement La Fontaine ?

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  1. Moralités des Fables de La Fontaine et citations | Wigwam

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