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Racine

2 avril 2009
Excité d’un désir curieux,
Cette nuit je l’ai vue arriver en ces lieux,
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes
Qui brillait au travers des flambeaux et des armes,
Belle, sans ornements, dans le simple appareil
D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil.
Que veux-tu ? je ne sais si cette négligence,
Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,
Et le farouche aspect de ces fiers ravisseurs
Relevaient de ses yeux les timides douceurs.
Quoi qu’il en soit, ravi d’une si belle vue,
J’ai voulu lui parler, et ma voix s’est perdue :
Immobile, saisi d’un long étonnement,
Je l’ai laissé passer dans son appartement.
J’ai passé dans le mien. C’est là que solitaire,
De son image en vain j’ai voulu me distraire:
trop présente a mes yeux, je croyais lui parler;
j’aimais jusqu’à ses pleurs que je faisais couler.
Quelquefois mais trop tard, je lui demandais grâce;
j’employais les soupirs, et même la menace.
Voila comme, occupé de mon nouvel amour
Mes yeux sans se fermer ont attendu le jour.
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5 commentaires
  1. "Belle, sans ornements, dans le simple appareilD’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil."Ah là, là !

  2. Adigalia permalink

    magnifique

  3. Loofy permalink

    aurais-je entendu Adi dire :"avec un texte pareil, je le prends, Racine !"

  4. Benjamin permalink

    Chère Adi, "Britannicus" est une pièce extraordinaire, et celle de Racine que je préfère. L’éveil du pervers petit Néron à la sexualité et au pouvoir est incroyablement mené. Cette scène où il explique à son confident comment il est tombé amoureux de Junie, en la voyant la nuit emmenée par ses propres soldats pour être emprisonnée, est tout simplement, comme tu dis, magnifique ; elle fait émerger toute la perversité du personnage, son sadisme, son masochisme, ces tourments d’amour, sa perversité dans le renversement du bourreau à la victime… Une très grande pièce aussi dans le rapport mère-fils (personnage d’Agrippine), et la peur comme la défiance existant entre ces deux monstres de cruauté et de perversité. Extraordinaire de mouvements profonds d’âmes.

  5. Michel permalink

    C’est la première des "classiques" que j’ai lue, à quinze ans…

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