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Prière pour un repos heureux au-delà des fictions ou autrement conquises ? – Baudelaire ici que je couvre de mots

14 décembre 2008

Ils me disent, tes yeux, clairs comme le cristal :
« Pour toi, bizarre amant, quel est donc mon mérite ? »
— Sois charmante et tais-toi ! Mon cœur, que tout irrite,
Excepté la candeur de l’antique animal,
 
Ne veut pas te montrer son secret infernal,
Berceuse dont la main aux longs sommeils m’invite,
Ni sa noire légende avec la flamme écrite.
Je hais la passion et l’esprit me fait mal !
 

Aimons-nous doucement. L’Amour dans sa guérite,
Ténébreux, embusqué, bande son arc fatal.
Je connais les engins de son vieil arsenal :
 

Crime, horreur et folie ! — Ô pâle marguerite !
Comme moi n’es-tu pas un soleil automnal,
Ô ma si blanche, ô ma si froide Marguerite ?

"Sois charmante !" est à prendre au sens fort du terme : prodigue des sorts, des ensorcellement, des charmes proprement stupéfiants, sois opium! Mais charme par ton naturel !
Étonnant chez Baudelaire, et rare. La femme est naturelle, dit-il, et donc abominable. Mais ici, le charme peut s’élever (s’évoquer) d’une nature dénudée des vieux mythes, dénuée de ses peintures connues placardées, d’un langage ancien découpant le monde en anciens concepts et percepts. L’authenticité d’une femme active le charme par dénuement. Si rare, pas même un "bijou". Aussi cet essai semble tremblant et douteux : "Comme moi, n’es-tu pas…" ? Comme moi n’es-tu pas ?
Je pense à la curieuse expérience de Hier régnant désert de Bonnefoy, qualifiée par lui-même d’étrange et incompréhensible lieu d’écriture, j’ajoute : comme dénué. Non pas écriture du dénuement, mais écriture proprement dénuée de ses mythes, ou marchant, soyons trivial, comme la tête coupée on dit des oies et des canards, dépourvus mais sur une lancée. Dénué d’un sens qui jadis fondait être et existence. Par seul un rythme peut-être : "Aimons-nous doucement" persévérant ? Premier et dernier, début et fin, ici finissant : soleil automnal, simple battement qui berce et bercera encore.

"Cette langue sera de l’âme pour l’âme, résumant tout, parfums, sons, couleurs ; de la pensée accrochant la pensée et tirant." ? (A. Rimbaud)

"Je connais les engins de son vieil arsenal" : arsenal pétrarquisant, vieille poésie connue et convoquée pour un terme à dépasser enfin pour un au-delà poétique et psychologique et de sensualité apaisante au-delà.

"engins" : j’aime le choix de ce mot, qui s’entend sur plusieurs siècles ; le XVIe, et l’idée de "pièges" qui "engeignent" l’âme ; mais aussi idée des instruments de torture (XVIIIe siècle et je songe à Sade) ; mais aussi XIXe siècle, et l’idée d’attirail poussif, voire de camelote exhibée en foire. Beau "plein sens", ou antanaclase ? ou syllepse ? Il faudrait que je me replonge dans ces termes de rhétorique et de poétique, ces termes à percer et épingler les animaux volants ou rampants.

One Comment
  1. Michel permalink

    Quelle dernière phrase de commentaire magnifique !

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