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Affects et politique

4 novembre 2008
L’idée que Barak Obama puisse être le nouveau président des Etats-Unis me donne beaucoup de joie. Je ressens cela comme on ressentirait l’annonce d’une très bonne nouvelle, et qui soulage. Il n’y a là rien de rationnel, ou du moins le rationnel ne va pas sans une émotion – ici forte – qui l’accompagne, voire le déborde. Ce phénomène affectif dit beaucoup de ce qu’on peut souffrir de ses dirigeants, et de ce qu’il faut en endurer.
Je suis plein d’espoir car je me dis que le monde aura comme plus puissant interlocuteur autre chose qu’un abruti alcoolique, chrétien intégriste et anti-intellectuel comme l’était Bush. Peut-être les Etats-Unis iront-ils vers un peu plus d’intelligence et de respect des autres pays et des autres cultures ? Je me dis aussi qu’on évitera Sarah Palin, représentante de l’anti-intellectualisme à tout crin, au point – très logiquement – de représenter à elle seule toute l’arrogance de l’inculture et de la bêtise (quoi d’autre que l’arrogance et l’aplomb, quand rien de réfléchi ne peut nous justifier ?)
En tout cas, si Georges Bush part sous les huées, je me joindrai au concert, comme quelqu’un qu’il aura fait souffrir – certes, bien moins que d’autres – mais qu’il aura positivement et réellement fait souffrir, je veux dire moralement (sa justification de la torture, par exemple, au nom du pragmatisme). Pour preuve, ce sentiment, cette sensation de joie forte à l’idée qu’il s’en aille, et le désir de le huer : quand une douleur disparaît, lente et longue de huit ans, on se demande comment on a pu faire pour supporter ça, et, n’étant plus sous son empire, et n’ayant plus à serrer les dents sous la contrainte, on peut enfin soulager son âme sous forme de jurons ou de lazzi.
Pas d’illusions, bien sûr : Obama ne changera pas le monde comme avec une baguette magique. Mais ne boudons pas notre plaisir : c’est le savoir d’aujourd’hui. Celui de demain n’est pas en notre possession : inutile de gâcher l’un par l’autre.
 
Le geste de refus de Jacques Chirac devant la guerre en Irak et le discours de Dominique de Villepin à l’ONU furent de grands moments, qui m’ont rendus fier, qui m’ont donnés de la fierté.
La photo de Sarkozy, peu avant son élection, serrant la main de Georges Bush m’a fait penser à ces "groupies" qui se font photographiées à côté de Johnny Halliday pour se donner de l’importance : même misère. Moi, j’ai eu ce sentiment de honte un peu douloureux devant le spectacle d’une puérilité basse et servile après le panache de de Villepin. J’étais malheureux comme si d’une belle toile on avait fait une serpillère pour brosser les bottes texanes du cow-boy. Comme si on était allé, dans la cour de récré, draguer la terreur du préau pour s’en faire un ami, et se garantir ainsi de ses coups, pour injuste et stupide qu’il soit.
"Sarko l’Américain", disait-on. Petit homme en bottes d’aigle, comme les grands !

From → Société

One Comment
  1. Ode permalink

    Oui.C’est remarquable comment peuvent coexister cette joie débordante et l’absence d’illusions. J’avais éprouvé cela lors de l’élection de Mitterand : pas convaincue par les socialistes mais heureuse que le pouvoir passe entre les mains de la gauche et surtout savoir que la peine de mort allait être abolie.

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