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Britannicus, 1669

20 septembre 2008
 

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Bronze%20of%20Claudius%20Britannicus 

 

L’impatient Néron cesse de se contraindre ;
Las de se faire aimer, il veut se faire craindre.
(Agrippine, I-1)
 
Tout, s’il est généreux, lui prescrit cette loi ;
Mais tout, s’il est ingrat, lui parle contre moi.
(Agrippine, I-1)
 
Il commence, il est vrai, par où finit Auguste ;
Mais crains que l’avenir détruisant le passé,
Il ne finisse ainsi qu’Auguste a commencé.
(Agrippine, I-1)
 
Toujours la tyrannie a d’heureuses prémices […].
(Agrippine, I-1)
 
Je le craindrais bientôt, s’il ne me craignait plus.
(Agrippine, I-1)
 
– Quels effets voulez-vous de sa reconnaissance ?
– Un peu moins de respect, et plus de confiance.
(Albine, Agrippine, I-1)
 
Ce jour, ce triste jour, frappe encor ma mémoire
Où Néron fut lui-même ébloui de sa gloire.
(Agrippine, I-1)
 
Ce n’est plus votre fils, c’est le maître du monde.
(Burrhus, I-2)
 
Madame je vois bien qu’il est temps de me taire,
Et que ma liberté commence à vous déplaire.
La douleur est injuste, et toutes les raisons
Qui ne la flattent point aigrissent ses soupçons.
(Burrhus, I-2)
 
– Mais que vois-je ? Vous-même, inquiet, étonné,
Plus que Britannicus paraissez consterné.
Que présage à mes yeux cette tristesse obscure
Et ces sombres regards errant à l’aventure ?
– Narcisse, c’en est fait, Néron est amoureux.
(Narcisse, Néron, II-2)
 
                     Excité d’un désir curieux,
Cette nuit je l’ai vue arriver en ces lieux,
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,
Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes,
Belle, sans ornements, dans le simple appareil
D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil.
Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence,
Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,
Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs,
Relevaient de ses yeux les timides douceurs,
Quoi qu’il en soit, ravi d’une si belle vue,
J’ai voulu lui parler, et ma voix s’est perdue :
Immobile, saisi d’un long étonnement,
Je l’ai laissé passer dans son appartement.
J’ai passé dans le mien. C’est là que, solitaire,
De son image en vain j’ai voulu me distraire.
Trop présente à mes yeux je croyais lui parler,
J’aimais jusqu’à ses pleurs que je faisais couler.
Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce ;
J’employais les soupirs et même la menace.
(Néron, II-2)
 
Fidèle à sa douleur, et dans l’ombre enfermée,
Elle se dérobait même à sa renommée.
Et c’est cette vertu, si nouvelle à la cour,
Dont la persévérance irrite mon amour.
(Néron, II-2)
 
Néron impunément ne sera pas jaloux.
(Néron, II-2)
 
Mon génie étonné tremble devant le sien.
Et c’est pour m’affranchir de cette dépendance,
Que je la fuis partout, que même je l’offense,
Et que de temps en temps j’irrite ses ennuis,
Afin qu’elle m’évite autant que je la fuis.
(Néron, II-2)
 
– De grâce, apprenez-moi, Seigneur, mes attentats.
– Quoi, Madame ? est-ce donc une légère offense
De m’avoir si longtemps cacher votre présence ?
(Néron, II-3)
 
Ma mère a ses desseins, Madame, et j’ai les miens.
(Néron, II-3)
 
Seigneur, avec raison, je demeure étonnée.
Je me vois dans le cours d’une même journée,
Comme une criminelle amenée en ces lieux ;
Et lorsqu’avec frayeur je parais à vos yeux,
Que sur mon innocence à peine je me fie,
Vous m’offrez tout d’un coup la place d’Octavie.
J’ose dire pourtant que je n’ai mérité
Ni cet excès d’honneur, ni cette indignité.
(Junie, II-3)
 
Cette sincérité, sans doute, est peu discrète ;
Mais toujours de mon coeur ma bouche est l’interprète.
Absente de la cour, je n’ai pas dû penser,
Seigneur, qu’en l’art de feindre il fallût m’exercer.
J’aime Britannicus.
(Junie, II-3)
 
– Tout ce que vous voyez conspire à vos désirs ;
Vos jours toujours sereins coulent dans les plaisirs […].
Britannicus est seul. Quelque ennui qui le presse,
Il ne voit, dans son sort, qui moi qui s’intéresse,
Et n’a pour tout plaisir, Seigneur, que quelques pleurs
Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs.
– Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j’envie,
Que tout autre que lui me paierait de sa vie.
(Junie, Néron, II-3)
 
 Caché près de ces lieux, je vous verrai, Madame,.
Renfermez votre amour dans le fond de votre âme.
Vous n’aurez point pour moi de langages secrets :
J’entendrai des regards que vous croirez muets,
Et sa perte sera l’infaillible salaire
D’un geste ou d’un soupir échappé pour lui plaire.
(Néron, II-3)
 
Madame, en le voyant, songez que je vous voi.
(Néron, II-4)
 
Vous êtes en des lieux tout pleins de sa puissance.
Ces murs mêmes, Seigneur, peuvent avoir des yeux,
Et jamais l’empereur n’est absnet de ces lieux.
(Junie, II-6)
 
Elle aime mon rival, je ne puis l’ignorer ;
Mais je mettrai ma joie à le désespérer.
Je me fais de sa peine une image charmante […].
Fais-lui payer bien cher un bonheur qu’il ignore.
(Néron, II-8)
 
Enfin, Burrhus, Néron découvre son génie :
Cette férocité que tu croyais fléchir,
De tes faibles liens est prête à s’affranchir.
En quels excès peut-être elle va se répandre !
(Burrhus, III-2)
 
 – Je confesserai tout, exils, assassinats,
Poison même…
– Madame, ils ne vous croiront pas.
(Agrippine, Burrhus, III-3)
 
– Madame, au nom des dieux, cachez votre colère. […]
Contraindrez-vous César jusque dans ses amours ?
– Quoi ? tu ne vois donc pas jusqu’où l’on me ravale,
Albine ? C’est à moi, qu’on donne une rivale.
(Albine, Agrippine, III-4)
 
Allez, rassurez-vous et cessez de vous plaindre :
Néron nous écoutait, et m’ordonnait de feindre.
(Junie, III-7)
 
De combien de soupirs interrompant le cours
Ai-je évité vos yeux que je cherchais toujours ?
(Junie, III-7)
 
Si vous n’avez appris à vous laisser conduire,
Vous êtes jeune encore, et l’on peut vous instruire.
(Néron, III-8)
 
Selon qu’il vous menace, ou bien qu’il vous caresse,
La cour autour de vous ou s’écarte ou s’empresse.
(Burrhus, IV-1)
 
Gardes, qu’on obéisse aux ordres de ma mère.
(Néron, IV-2)
 
Elle se hâte trop, Burrhus, de triompher :
J’embrasse mon rival, mais c’est pour l’étouffer.
(Néron, IV-3)
 
C’est à vous à choisir, vous êtes encor maître.
Vertueux jusqu’ici, vous pouvez toujours l’être :
Le chemin est tracé, rien ne vous retient plus ;
Voius n’avez qu’à marcher de vertus en vertus.
Mais si de vos flatteurs voussuivez la maxime,
Il vous faudra, Seigneur, courir de crime en crime,
Soutenir vos rigueurs par d’autres cruautés,
Et laver dans le sang vos bras ensanglantés. […]
Vous allumez un feu qui ne pourra s’éteindre.
Craint de tout l’univers, il vous faudra tout craindre,
Toujours punir, toujours trembler dans vos projets,
Et pour vos ennemis compter tous vos sujets.
(Burrhus, IV-3)
 
Mais, Seigneur, les Romains ne vous sont pas connus. […]
Au joug, depuis longtemps, ils se sont façonnés :
Ils adorent la main qui les tienjt enchaînés.
(Narcisse, IV-4)
 
Seigneur, ne jugez pas de son coeur par le vôtre ;
Sur des pas différents vous marchez l’un et l’autre.
Je ne connais Néron et la cour que d’un jour,
Mais, si j’oe le dire, hélas ! dans cette cour
Combien tout ce qu’on dit est loin de ce qu’on pense !
Que la bouche et le coeur sont peu d’intelligence !
Avec combien de joie ,on y trahit sa foi !
Quel séjour étranger et pour vous et pour moi !
(Junie, V-1)
 
Dans des lieux où chacun me fuit et le révère,
Aux pompes de sa cour préférer ma ;misère ?
(Britannicus, V-1)
 
Madame, c’en est fait, Britannicus expire.
(Burrhus, V-4)
 
Quoi ? du sang de son frère il n’a point eu d’horreur ?
(Agrippine, V-5)
 
Jugez combien ce coup frappe tous les esprits :
La moitié s’épouvante ,et sort avec des cris,
Mais ceux qui de la cour ont un plus long usage
Sur les yeux de César composent leur visage.
(Burrhus, V-5)
 
       Poursuis, Néron ; avec de tels ministres,
Par des faits glorieux tu te vas signaler.
Poursuis. Tu n’as pas fait ce pas pour reculer.
Ta main a commencé par le sang de ton frère ;
Je prévois que tes coups viendront jusqu’à ta mère.
Dans le fond de ton coeur, je sais que tu me hais ;
Tu voudras t’affranchir du joug de mes bienfaits. […]
Tes remords te suivront comme autant de furies,
Tu croirasles calmer par d’autres barbaries :
Ta fureur, s’irritant soi-même dans son cours,
D’un sang toujours nouveau marquera tous tes jours.
(Agrippine, V-7)
 
 

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