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Renversement de tendance

21 juillet 2008
Dans les années 70, on portait bien l’engagement. Aujourd’hui, sur toute chose il convient de prendre un air dégagé.

Le changement s’est amorcé il y a vingt ans, petit à petit, de slogans en pubs, de glissements de sens en glissements de sens. Et on dirait à présent une société de petits marquis méprisants (en réalité : craintifs) qui promènent leur regard désabusé et critique pour signe de détention d’une vérité – même le cul nu, même couverts d’opprobre, même gonflés de bêtise. Les grandes idéologies sont mortes ? Montrons qu’on y survit ! L’œil las et mi-clos, la bouche faisant une moue boudeuse. Avec cette expression-phare aujourd’hui : "Je suis trop dégoûté!" pour remplacer les "Cela me révolte!" de naguère, ou tout simplement les "Je ne pense pas ainsi". Mais il faut dire que "penser" n’était pas synonyme de "se prendre la tête" ni de "nuisance au droit de quiétude".

"Non pas "savoir", disent-ils, non pas "connaître" mon cher, non pas même "chercher à connaître" – car notre esprit devrait forcément y perdre sans qu’on sache pour quel gain – mais faire montre qu’on n’est la dupe de rien. Là résident la force et le système de défense de notre esprit, contre ce qui pourrait nuire à sa quiétude narcissique (miroir, mon bon miroir, etc.) ; là nos murailles, nos douves, nos fossés, nos contrescarpes, nos pièges et nos champs de mines. Voyez comme nous, je veux dire : notre esprit, nos façons de penser et de voir, bref notre amour-propre sont en sûreté avec cette méthode : faire montre qu’on n’est la dupe de rien. Prendre tout comme si de rien n’était. En toute circonstance, mépriser d’un petit rire tout ce qui nous échappe, et faire croire par là à notre hauteur de vue. Surtout, surtout! n’être jamais pris en défaut! Non pas "chercher à connaître" : ce serait avouer qu’on ne sût pas. Et même : plutôt mépriser ce qu’on ignore, pour ne pas (s’)avouer que cela nous fait défaut."

Ah ? N’être la dupe de rien ? Pas même d’une telle posture ? Avouez simplement que cette posture, vous l’avez prise aujourd’hui faute de mieux. Cela vous rendra adéquats. L’adéquation?  état apaisant, je vous assure, et le seul à partir duquel on puisse travailler. Plus humblement, mais plus difficilement. Et, vous l’aurez compris, plus  âprement mais plus courageusement.

"Mais vous nous demandez au bout du compte qu’on se prenne la tête !? Vraiment, vous croyez que je suis du genre "prise de tête", moi ?"
Mais elle est prise, votre tête, et même par les ouïes, comme poissons aux filets ! Prenez-la donc, oui : vous-même.

"Quoi, vous ne nous voulez pas tranquilles ?! Vous ne voulez pas que nous restions heureux avec nous-mêmes ?"

Hmm… Peut-être… peut-être… que vous avez raison.

On ne part pas – Reprenons les chemins d’ici… (A.R.)
et la réalité rugueuse à étreindre (A.R.)

From → Société

One Comment
  1. Ode permalink

    Tiens, tiens,  écho au commentaire  de ton billet du premier septembre. Ce que je peux rajouter, c’est que j’ai parfois, cette posture, peut être même souvent d’ailleurs et que je l’exècre

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