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Vol d’huîtriers-pies

11 juillet 2008
Par moment, des huîtriers-pies, fendant l’air et filant comme des hirondelles, au ras des vagues, poussaient leur long cri répété et tendu, ayant quitté la falaise. Puis ils s’arrêtaient sur tel rocher, et avec eux leur cri. Ces oiseaux au bec rouge, fin comme un stylet, ne volent pas autrement : ils tracent l’air de leur aile autant que de leur chant. Contrairement aux goélands, ils ne s’élèvent guère haut.
Or, on dirait que ce cri continu, poussé le temps du vol, sert de filin à quoi éperdument ils se tiennent, pour ne tomber en-deçà ni s’élever au-delà de ce qu’il leur a été donné de parcourir, et par là de connaître.
Peut-être ainsi chantent-ils aussi dans le même temps leur désir d’un vol plus haut ou plus bas, au-delà de ce qui leur fut assigné, et qui pourtant n’aurait lieu qu’à leur perte. Alors ce désir crié composerait leur regret. Et ce regret, parce qu’ils le chantent, ouvre pour eux et déploie leur lieu, vie d’allure vive rasant les flots, à travers, entre, parmi l’envie et l’effroi – étroitement entre chaque mort évitée – et à grands cris d’allégresse.
C’est ainsi la parole des poètes.
One Comment
  1. Morgan permalink

    Equilibre fragile, vol ô combien précaire de ces drôles d’oiseaux-là.
     
    Très beau texte.

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