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Apologie de Raymond Sebond

16 février 2008

C’est, à la vérité, une très-utile et grande partie que la science. Ceux qui la mesprisent, tesmoignent assez leur bestise ; mais je n’estime pas pourtant sa valeur  jusques à cette mesure extreme qu’aucuns luy attribuent, comme Herillus le philosophe, qui logeoit en elle le souverain bien, et tenoit qu’il fut en elle de nous rendre sages et contens ; ce que je ne croy pas, ny ce que d’autres ont dict, que la science est mere de toute vertu, et que tout vice est produit par l’ignorance. Si cela est vray, il est subject à une longue interpretation.

Ma maison a esté de long temps ouverte aux gens de sçavoir, et est fort conneuë, car mon pere, qui l’a commandée cinquante ans et plus, eschauffé de cette ardeur nouvelle dequoy le Roy François premier embrassa les lettres et les mit en credit, rechercha avec grand soing et despence l’accointance des hommes doctes, les recevant chez luy comme personnes sainctes et ayans quelque particuliere inspiration de sagesse divine, recueillant leurs sentences et leurs discours comme des oracles, et avec d’autant plus de reverence et de religion qu’il avoit moins de loy d’en juger, car il n’avoit aucune connoissance des lettres, non plus que ses predecesseurs. Moy, je les ayme bien, mais je ne les adore pas.

(Michel de Montaigne, début du chapitre 12 du Livre II des Essais)

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